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Faits, opinions et humeurs - Le blog de @jcdrpro

Le Sillon Lorrain marque l'échec politique de la Région

24 Janvier 2012 , Rédigé par jcdrpro Publié dans #Billets

Le Sillon Lorrain est donc enfin né, après plus de 10 ans de mépris et de faux-semblants de ses acteurs principaux qui pour la plupart n'y croyaient pas avant 2008.

Qui en effet pouvait imaginer au milieu des années 2000 que le Sillon Lorrain, association des villes de Thionville, Metz, Nancy et Epinal, pouvait non seulement se faire mais fonctionner ? 

Et pour quelle utilité puisque sur le principe c'est à la Région Lorraine de fédérer les actions économiques, sociales et politiques de son territoire pour le valoriser ?

Et pourtant il est né. De la volonté commune d'André Rossinot maire UMP de Nancy et du 1er magistrat socialiste de Metz Dominique Gros.

Un sillon né sur des cendres. Celles de la pseudo-grandeur de Nancy qui à l'exception de sa place Stanislas et de son héritage Art Nouveau du dernier millénaire n'a pas vraiment les moyens de lutter avec les plus grands, même avec 40.000 étudiants. Celles d'un passé historique militaire pour Metz, saignée de ses troufions par un jeune loup politique et pseudo-aviateur qui a surtout passé la cireuse (çà il sait faire...) dans les couloirs pendant son service parisien avant de devenir bien plus tard président de la République. Et ne parlons pas de Thionville, ville dortoir pour les luxembourgeois en mal d'emprise foncière, ni d'Epinal, en mal de tout, ville vosgienne de la plaine dont même l'imagerie  symbolise le passé dans les esprits et qui, après le départ de Philippe Séguin, a bien dû convenir que c'est surtout lui qui lui donnait une reconnaissance sur le territoire français.

Bref l'association assez peu sexy et quasi contre-nature de 4 cités qui ont bien peu en commun et pour les plus grandes, beaucoup de différents. Oui la Guerre Nancy-Metz existe, celle des fuyards de 1870 réfugiés au sud face à ceux qui sont resté pour résister de l'Intérieur (ou collaborer), celle de l'autoroute A4 finalement passée au nord, celle toujours hyper-active des directions régionales, revendiquées par le Sud, quand le Nord devient par l'installation de la Préfecture de Région et du Conseil Régional, la capitale du territoire lorrain.

Cette guerre entre Nancy et Metz serait terminée.

Je suis mort de rire en entendant cette phrase. Tous ceux qui savent comment se sont déroulées les tractations à marche forcée pour l'établissement de l'Université Lorraine, comme ceux qui gravitent dans les hautes sphères économiques de la CRCI savent qu'il n'en est rien. Metz et Nancy se détestent et ce n'est pas près de se régler. Ce n'est même plus une question de générations.

"Mais nous avons fait du chemin", répondent les intéressés : "regardez, l'Université est lancée et nous a déjà permis de rentrer dans le classement de Shangaï. La carte hospitalière se dessine avec nous. Et même le Pôle lyrique verra le jour.

Dont acte. Et ce serait donc là l'avenir de notre région.

Une région nouvelle, excluant la Moselle-Est et la Meuse. Comme cela avait déjà été dénoncé par certains en septembre 2009 à l'Arsenal de Metz où se tenait la conférence métropolitaine.

Et sur ce point rien n'a changé. Ce qui ne ravit évidemment pas les populations concernées. Et encore moins le socialiste Jean-Pierre Masseret, président depuis 2004 du Conseil Régional. Qui a bien été obligé de donner son feu vert en décembre 2011 à ce nouvel étage d'un mille-feuille administratif lorrain qui finit par ne plus ressembler à rien.

Mais le Sillon Lorrain, quelque que soit son avenir (comme la gare de Vandières, validée sans aucune justification [une première...] par le Conseil d'Etat et dont il faudra bien qu'on nous dise un jour quand elle sera, ou pas, construite...) est avant tout l'échec de la politique Régionale. Celle de Masseret comme celle de Longuet avant lui.

Si l'idée de Sillon est née à la fin des années 1990, c'est bien face à l'incapacité de la région Lorraine, des 4 exécutifs départementaux et des 2 agglos de Metz et Nancy, à l'époque presque tous de Droite (Dinet est arrivé en 1998), de porter des projets ensemble sans continuellement se bouffer le nez pour des questions d'égo et de gros sous. La Lorraine depuis 1978 n'a cessé de plonger. Les propositions du Préfet Blanc (suite aux restructurations militaires touchant la Moselle principalement) et la réforme Balladur sont arrivées à point nommé pour cosmétiser une orientation anti-conseil-régional qui ne dit pas son nom, au motif de faire enfin reconnaître la Lorraine, de lui trouver une réelle identité et des atouts, pour exister sur le territoire non seulement national entre Paris et Strasbourg mais également de la Grande Région. Une Grande Région dont ce sont quand même joyeusement foutus les 2 derniers président du Conseil Régional de Lorraine. En tout cas jusqu'à 2009.

Car cette affaire de Sillon Lorrain, Masseret et son équipe l'ont bien compris, pourrait bien sonner le glas de la très faible influence politique du Conseil Régional : à lui les petits chantiers de la riante campagne lorraine (l'Espace Central et son aéroport-quasi-aérodrome qui n'en finit pas de ne pas décoller, Chambley, ses montgolfières, son skylander [en lequel je crois, et c'est bien le seul projet économique lorrain en lequel je crois aujourd'hui...], Madine et ses voiliers, etc.), Au Sillon les vrais projets, permettant l'identification d'un territoire novateur.

Masseret l'a bien compris et désormais il lui faut compter avec un adversaire de taille : l'autre Lorraine, celle qui réussit.

 

PS : je m'interroge. En boostant leur appui au Sillon Lorrain, faut-il comprendre que les socialistes Dominique Gros (Metz) et Bertrand Mertz (Thionville) ont définitivement choisi de s'affranchir de la tutelle du duo Masseret-Todeschini qui tenait jusqu'à présent l'importante fédération du PS de Moselle et sans l'aval desquels rien ne pouvait se décider ? Faut-il y voir la perte d'influence des 2 vieux ténors sur les plus jeunes générations ? Ou est-ce une lassitude d'une gestion d'autrefois ? Est-ce le signe du poids toujours plus important de Michel Dinet dans l'espace régional ? Seuls les intéressés ont les réponses à ces questions dont je sais déjà qu'au moins l'un d'entre-eux m'affirmera qu'elles relèvent du grand n'importe quoi. 

N'empêche. Masseret n'est plus sénateur. Todeschini passe la main. Le Sillon se fait officiellement et prend de l'ampleur. Et les lorrains vont devoir probablement choisir laquelle des 2 régions Lorraine il soutienne : celle d'hier ou celle de demain.

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Joel 25/01/2012 15:52


A propos de 'vieux', il est clair q'uon ne peut parler de jeunisme au CR des Vosges !!!


Si nos concitoyens électeurs votaient plutôt Mathieu Klein que Pascal Jacquemin, Laurent Hénard plutôt que le bon docteur André, and so, and so... ça risquerait de faire émerger une autre vision,
en espérant qu'il ne deviendront pas eux-mêmes de futurs vieux c.!


Ou alors, pour enlever une couche au mille-feuilles, imitons nos amis alsaciens, et faisons une 'région-département'

MP 24/01/2012 11:26


La construction politique du Sillon lorrain a beau être nouvelle, c'est effectivement beaucoup de bruit pour faire ... la même chose. Plus de dynamique et d'impact que la Région, sans doute. Et
alors que Masseret parle d'ensemblier pour qualifier le Conseil Régional, force est de constater l'échec de la coordination des politiques régionales.


Ce qui chagrine quelque peu le Vosgien d'origine que je suis, c'est qu'effectivement, tu cites à la fois la Moselle-Est et la Meuse, mais toute la plaine Ouest des Vosges est dans une même
situation. Et je ne parle même pas du fameux espace central autour de Pont-à-Mousson, que tout le monde semble avoir définitivement jeté aux orties.


Le Sillon lorrain ne rend finalement pas service à la Lorraine. En ajoutant une couche supplémentaire au millefeuilles administratif et décisionnaire, il l'affaiblit et la rend plus ridicule
encore face à ses partenaires de la Grande Région, qui se tapent franchement la cuisse en voyant qu'après la Grande Région, le RMPT, le Sillon, le Quattropole et j'en passe, ce sont finalement
toujours les mêmes qui pleurent pour construire des synergies dont les Luxos, les Allemands et les Belges n'ont pas besoin pour vivre et rayonner.

jcdrpro 24/01/2012 11:39



C'est vrai, à force de vivre au Nord en ne navettant que jusqu'à Nancy, j'ai à mon tour oublié la plaine de l'Ouest des Vosges. Toutes mes excuses . Et pour ce qui concerne nos amis frontaliers, ils vont vraiment finir par se faire mal à force de se taper sur les cuisses...