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Faits, opinions et humeurs - Le blog de @jcdrpro

Eradiquer les nuisibles

12 Décembre 2012 , Rédigé par jcdrpro Publié dans #Billets

Lycéenne sans doute, de bonne famille certainement, elle attend. Sac de marque plein de livres et classeurs à la saignée du coude, son smartphone à la main, elle crache. A ses pieds, la taille de la flaque visqueuse précise que le bus à du retard.

Costume, cravate, attaché-case, il frappe une première fois du plat de la main sur la porte. Sans effet. Une deuxième, puis une troisième fois. Ses vociférations s’amplifient jusqu’à l’insulte quand, en hurlant, il se met à marteler la porte du bus pour qu’enfin le chauffeur l’ouvre. Entre deux arrêts. Parce que le nez sur ses SMS ou ses mails, il a manqué le précédent.
Toute menue, toute fripée, plus toute jeune, elle s’accroupit en me regardant. Et sans forcer, délivre un fier étron devant ma porte de garage. Puis s’en va toute pimpante, tirant sa maîtresse dans son sillage. Sa copie humaine pendue à son portable.

Bien sûr, il suffirait, sur un ton neutre, d’interpeller et d’expliquer. L’incivilité, le savoir-vivre, la vie en société. Là ou trente ans auparavant une bonne gifle aurait ramené à la raison. Gifle qui aujourd’hui, sans circonstances atténuantes, vous serait reprochée devant un tribunal et conduirait à votre condamnation. Et pas seulement morale.

C’est en quelque sorte le résumé de ma semaine.

Je passe sur le boutonneux vomissant ses phantasmes à un aréopage de pubères ricanants, la quinquagénaire trompée s’épanchant au téléphone avec la bonne copine sur son salaud de mari, le commercial trentenaire gérant ses rendez-vous d’affaires ou encore l’ouvrier-cycliste-fonctionnaire commentant avec forces insultes et grivoiseries l’actualité sportive, people et politique.

Point commun ? La proximité des 80 décibels pendant une bonne partie des quarante minutes que dure mon trajet en TER.

Réagir, me lever, hurler plus fort pour les ramener à la raison ? Non. Enfoncer plus profondément mes écouteurs intra-auriculaires, à m’en faire mal. Construire une bulle, m’isoler. Comme tous les autres voyageurs.

Le choix du renoncement. De l’individualisme en réponse à la violence de l’individualisme.

De sorte que si une agression, un viol se déroulait sous nos yeux… Je n’ose imaginer.

Disparu ce fameux « vivre ensemble » ?

Faut-il s’en étonner ? Quand même l’un des fondements de notre société, l’expression démocratique par vote, se trouve abandonné. Non pas seulement par manque d’intérêt mais bien plus par dégoût des pratiques et des attitudes de ces élus (grands et petits) censés montrer l’exemple et qui une fois le « pouvoir » visé atteint, perdent toute raison, toute conscience, toute empathie pour la majorité de ceux qui les ont choisi et les autres.

Un président qui injurie un citoyen, un autre qui  « garantit » des promesses intenables, des élus de la République aux propos populistes, provocateurs, ouvertement xénophobes ou homophobes. Des « princes » choisis pour travailler ensemble au bien commun par-delà les étiquettes, et qui se révèlent dans les faits n’être que des « gueux » à la vision courte, hors leurs intérêts particuliers.

Ces politiques ne sont pas les seuls : gens d’église, fonctionnaires, militaires, médecins ou ingénieurs, combien d’entre-eux découvrons-nous profiteurs du bien public, harceleurs, parfois voleurs, voire violeurs. Soucieux de leur unique intérêt, vivant en bonne conscience avec leurs vices et leurs semblables, se protégeant les uns les autres, se distribuant ces médailles, fiertés autrefois d’une Nation, devenues souvent aujourd’hui breloques pour affairistes putassiers.

Bien sûr, la très grande majorité des élus, des fonctionnaires, des chefs d’entreprises et autres acteurs impliqués de notre société ne sont pas ainsi. Eux travaillent, vraiment, dans l’intérêt de leurs concitoyens. Sans tambours ni trompettes. Tout comme ces bénévoles, été comme hiver, qui donnent et se donnent au profit des plus démunis.

Mais le bien qu’ils font n’a que peu de poids face aux excès, au mieux verbaux, de ceux que le copinage médiatique -et les tristes bouffons qui l’amplifient- fait exister pour leurs outrances.

Ceux-là même censés « montrer la voie », « donner l’exemple », « travailler pour le bien commun » sont trop souvent aujourd’hui des « nuisibles de la République ».

Des nuisibles portés en exemple, plus ou moins consciemment, par la lycéenne, le costume-cravate, la petite chienne de ma semaine passée et les « inconvenants » de mon TER.

Ils sont à leur image.

Des nuisibles que même le vote ne permettra bientôt plus d’éradiquer.

Par manque d’électeurs.

Alors il faut vite, très vite, réagir. Revenir au bon sens, au dialogue, aux valeurs simples et humanistes, gommer du paysage (pas uniquement médiatique) ces tristes bouffons par l’éducation, le dialogue, l’apprentissage du respect des autres, la citoyenneté et l’expression électorale.

Car renoncer à sa parole électorale, se priver de sa parole tout court, ne plus réagir, s’enfermer, s’isoler, c’est abandonner cet indispensable « vivre ensemble ». Au risque que lorsqu’il aura complètement disparu (ou donnera ce sentiment), lorsque notre quotidien sera devenu totalement insupportable, la seule expression qui restera soit la radicalisation. Ainsi sont nées des révolutions.

 Publié le 12/12/12

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