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Faits, opinions et humeurs - Le blog de @jcdrpro

TSR : quand Nicolas Sarkozy met à mal le journalisme...

9 Juin 2009 , Rédigé par jcdr Publié dans #Billets

Être journaliste c'est d'abord être un témoin.
Libre.
Libre de voir, de circuler, d'écouter, d'interroger.
Un témoin libre d'insister lorsque la personne qu'il interroge ne répond pas ou répond à côté.

C'est le quotidien de ma profession.

Et c'est ainsi avec chacun de ceux que j'interroge.
Quel qu'il soit.
Artiste, ouvrier, policier, chef d'entreprise, agriculteur ou responsable politique.

Photo Pierre Rebondy


Témoigner en rapportant, voire (pour les plus compétents sur la question traitée) en expliquant.

Pourtant, depuis presque 20 ans que j'exerce cette passion du journalisme, je constate que cela est désormais de plus en plus difficile.

Le constat est d'ailleurs paradoxal : l'image est partout, les médias sont multiples, le public n'hésite pas à devenir tout à la fois émetteur en s'exprimant sur le web (en twittant par exemple sur un thème ou un évènement) et récepteur en se scotchant à un écran ou à une radio.

C'est aujourd'hui le même phénomène que j'observe avec les responsables politiques et leur entourage.

Non dans une volonté d'informer mais de contrôler l'information. Par exemple en en délivrant le moins possible.

Mon confrère du Républicain Lorrain, Bernard Maillard, en donne un aperçu édifiant dans l'un de ses récents billets.

La multiplication des profils twitter ou facebook (pour ne citer que ceux-là) sur Internet en témoigne tout autant.
La campagne d'Obama l'a rappelé, mais Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy en ont également joué lors de la dernière confrontation présidentielle.

Aujourd'hui la Toile est le lieu de passage incontournable.
Laurent Hénard vous invite à prendre l'apéro, Jean-Pierre Masseret blogue au ralenti mais ses camarades et vice-présidents y sont très présents (Abate, Hatzig, Villemin, Eckert, par exemple).

Et Nicolas Sarkozy lui-même s'offre au monde.

Si trop d'information (parfois) tue l'information, la non-information est souvent plus mortelle tant elle occupe le champ médiatique au détriment de nouvelles qui mériteraient bien plus d'attention.

A cet égard d'ailleurs la mairie de Metz et le Conseil Régional de Lorraine qui inondent de communiqués de presse les rédactions -qui ont parfois bien du mal à suivre sans servir de cire-pompes permanents- ont bien appris la leçon.

Mais certains ne sont pas dupes.

Comment (et surtout quand) fouiller et investiguer quand l'essentiel du temps donné par un rédacteur en chef est passé à courir derrière le roitelet ?

Mes collègues suisses de la TSR ne disent pas autre chose à travers leur excellent reportage Sarkozy, vampire des médias, diffusé le 4 juin et qui est encore en ligne pour quelques jours à cette adresse.

Oui, la presse française est à la botte du Prince.
Oui nombre de roitelets locaux et régionaux donnent le meilleur d'eux-mêmes pour qu'il en soit ainsi sur leur territoire. Et quelque soit leur bord politique.

Le contrôle de l'information comme arme de guerre est connu (et mis en pratique par les meilleurs) depuis Sun-Tsu.

Mais en face il y a les journalistes.

A eux de faire le travail d'informer.

La France n'est pas (encore) la Russie ou l'un de ces pays d'Asie où la règle dit-on est la balle dans la tête pour celui qui témoigne.

Mais les pressions existent désormais. Feintes hier, elles sont réelles aujourd'hui.

Il faut y résister. Que celui qui l'exerce soit Président de la République française (et en ce sens, il est indigne de cette fonction) ou élu local.

Aujourd'hui, par l'efficacité des pressions indirectes (ou directes), par la multiplication des dénigrements à la mode Sarkozy la France est l'un des pays où la liberté de la presse est la plus attaquée, la plus menacée.

Alors si les plus anciens, les plus capés, les plus costauds des journalistes se couchent ou choisissent
 de s'autocensurer (comme le montre le reportage de la Télévision Suisse Romande), la jeune génération aura bien du mal à exercer librement cette passion garante de la démocratie.

Ne pas plier, témoigner, le crédo du journaliste est plus d'actualité que jamais.

Au lendemain de cette élection européennes marquée par une abstention incroyable (et dont tout le monde politique se fout, comme à chaque élection depuis 15 ans désormais), il est urgent pour les journalistes de revenir à la réalité, d'abandonner le indoor journalism, de retourner sur le terrain (comme l'écritSteven Jambot un jeune confrère twitter
), de bousculer nos interlocuteurs et de leur extirper autre chose que des propos convenus et sans véritable intérêt.

Le faire avec respect de l'autre. Mais le faire.

Sans crainte. Et sans concession.

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Manu_H 17/06/2009 19:22

Quand les élections à la commission de la carte seront démocratiques et que les nouvelles formes de journalisme seront prises en compte, peut être que les confrères se mobiliseront. 

Michel Chapellier 09/06/2009 19:22

...

Michel Chapellier 09/06/2009 19:18

Il n'y a pas qu'aux européennes que les abstentionnistes ont battu des records... Aux élections de la commission de la carte d'identité des journalistes professionnels, l'abstention a été, là aussi, très importante au 1 er tour...Et là, pas de commentaires...! C'est pourtant, là aussi, significatif et grave !

Adam Tonku 09/06/2009 19:00

C'est marrant, c'est exactement mon ressenti. Cela va de même pour les "propos insultants" au Prince et à sa cour.Je me demandais comme toi si la notion de liberté n'était pas bafouée. Sommes nous encore en démocratie ? Nous sommes en droit de nous poser la question après les multiples rebondissements qui se sont fait écho depuis quelques mois à nos oreilles : Il y eut l'affaire des poupées vaudou que le Tsar cosy souhaitait voir retirer des gondoles à Denise, puis les pressions sur tel ou tel patron de médias pour que quelques têtes irrévérencieuses de journalistes , animateurs ou humoristes,sautent (FOG, PPDA, Julien Courbet, Stéphane Guillon entre autres), puis les convocations d'un brave gars qui tenait juste une pancarte reprenant exclusivement des propos présidentiels (Casse toi pauvre con), celle d'un pauvre prof qui, gare St Charles à Marseille, s'était écrié face aux forces de Police "Je te vois, je te vois Nicolas" (ou un truc du genre).Aujourd'hui, ce sont une quinzaine d'internautes qui sont convoqués à la Brigade de répression de la délinquance à la personne pour injures à un membre du gouvernement. Et plus particulièrement une femme de 49 ans, mère de deux enfants, coupable d'avoir titré dans son blog "Hou la menteuse" sur une vidéo Daylymotion qui montrait ladite ministre en pleine manoeuvre ... allez disons-le... mensongère.Alors qu'en Chine, on réprime toute notion de libre expression puisqu'il s'agit là d'une dictature, les faits qui se passent aujourd'hui dans notre pays, nous amènent à penser que la démocratie n'est plus ici qu'un vague souvenir.... Où est la liberté d'expression ? Ainsi "Je te vois, je te vois" et "Hou la menteuse" sont des insultes ? Si tel est le cas, Dorothée, Bou dieu d'bite en bois, file vite te cacher en Chine, là bas, ils ne savent pas ce que signifie "Hou la menteuse", tu ne crains rien ! Et si ces mots sont des insultes qui méritent garde à vue et condamnation, qu'en est-il des propos du Tsar cosy balancés à un quidam ? Le "Casse toi pauvre con !" mérite quoi alors ? Bon allez, comme je suis un rebelle et que j'ai besoin d'exercice, je m'en vais délivrer de ce pas une salve d'insultes qui au mieux me verra aller tout droit à Cayenne casser des caillasses à vie, au pire écouter le prochain album de Carla, ce qui je vous l'avoue, est sûrement plus désagréable que de fendre du caillou, même avec un cure dents !Allez, sur ce, les insultes :Ecoute bien petit frèreCe garçon aux yeux clairsIl nous a emmenéHier soir au cinéCe n'est qu'un bon copainÇa ne va pas plus loinHou ! la menteuseElle est amoureusePetit frère vas-tu te taireHou ! la menteuseCe garçon n'a rien pour plaireElle est amoureuseMême s'il a de beaux cheveux blondsMême s'il a de gentilles façonsHou ! la menteuseElle est amoureuseEcoute bien petit frèreJe n'aime pas ces manièresTu es trop jeune encoreTu sais que tu as tortRetourne à tes leçonsJe n'aime pas ce garçonHou ! la menteuseElle est amoureusePetit frère vas-tu te taireHou ! la menteuseCe garçon n'a rien pour plaireElle est amoureuseMême s'il a des jolis yeux vertsMême s'il a de gentilles manièresHou ! la menteuseElle est amoureuseC'est vrai qu'il est gentilQu'il a beaucoup d'humourCe qu'il faut de folieMais ne vas pas t'imaginerQue j'ai trouvé le grand amourHou ! la menteuseElle est amoureusePetit frère vas-tu te taireHou ! la menteuseCe garçon n'a rien pour plaireElle est amoureuseMême s'il a beaucoup de charmeMême si parfois il me désarmeHou ! la menteuseElle est amoureuseEcoute bien petit frèreTu sais je suis sincèreSi ce garçon me plaisEh bien je te le diraiEn tout cas petit frèreMêles toi de tes affairesHou ! la menteuseElle est amoureusePetit frère vas-tu te taireHou ! la menteuseCe garçon n'a rien pour plaireElle est amoureuseMême s'il a de beaux cheveux blondsMême s'il a de gentilles façonsHou ! la menteuseElle est amoureuseHou ! la menteuseElle est amoureuse[Parlé:]Mais non c'est juste un bon copainEcoute ! Arrête de chanter çaTu m'énerves !Hou ! la menteuseElle est amoureuseEcoute si tu continuesPlus jamais je ne t'emmèneraiAu ciné avec moi, alors !Hou ! la menteuseElle est amoureuseArrête !Hou ! la menteuseElle est amoureuseHo ! tu es pénible, écoute !Hou ! la menteuseElle est amoureuseJ'vais dire à Papasi tu continues de m'embêterHou ! la menteuseElle est amoureuseOh ! et puis tu m'énervesAvec cette chanson idiote ....

jeanmarclucien 09/06/2009 17:29

Bravo pour ce billet cher JCDR ! Vous y exprimez exactement ce que je ressens depuis quelques années dans mon approche de votre profession. J'y vois une forme touchante de naïveté également (feinte ?) . N'est-ce qu'aujourd'hui que vous découvrez ce mal qui ronge votre métier ? Quant au reportage de vos collègues suisses : rien à dire ! Du beau boulot ! J'avoue naviguer quotidiennement sur le net pour avoir une autre approche journalistique et souvent plus objective sur notre pays et ses moeurs politiques. Merci donc à vos confrères européens. Je ne vois pas comment un journaliste français peut aujourd'hui être libre de sa pensée, du traitement de son sujet. Chefs de rédaction sous la pression, propriétaires de médias trop proches du Pouvoir ne peuvent à notre époque garantir une info... honnête. Qu'il existe des journaux d'opinion, ok ! Rien à dire. Au fait, à lire : l'article du Figaro sur la mésaventure de Serge Dassault et l'annulation de son élection à Corbeil c'est à se pisser dessus !Comme lecteur l'un des gros problèmes actuel est le traitement de l'info sur le fond et la forme ! Par exemple : sur les élections européennes dire que l'UMP sort vainqueur est une réalité. Gagner avec 28% de voix sur 40%de participation en est une autre aussi... Tout comme de dire que sur 100 électeurs appelés aux urnes... 10 ont voté UMP etc... Comme journaliste comment allez vous traiter cette info ? Selon votre sensibilité ? La volonté de votre rédac chef, la gentille "recommandation" du proprio de votre média... ?  etcComme lecteur je vois dans le journaliste une sentinelle qui veille et qui alerte. Actuellement je n'y retrouve que le waguemestre des chargés de com de nos dirigeants...Bon j'arrête là car le sujet est vaste.Courage cher JCDR