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Être journaliste c'est d'abord être un témoin.
Libre.
Libre de voir, de circuler, d'écouter, d'interroger.
Un témoin libre d'insister lorsque la personne qu'il interroge ne répond pas ou répond à côté.

C'est le quotidien de ma profession.

Et c'est ainsi avec chacun de ceux que j'interroge.
Quel qu'il soit.
Artiste, ouvrier, policier, chef d'entreprise, agriculteur ou responsable politique.

Photo Pierre Rebondy


Témoigner en rapportant, voire (pour les plus compétents sur la question traitée) en expliquant.

Pourtant, depuis presque 20 ans que j'exerce cette passion du journalisme, je constate que cela est désormais de plus en plus difficile.

Le constat est d'ailleurs paradoxal : l'image est partout, les médias sont multiples, le public n'hésite pas à devenir tout à la fois émetteur en s'exprimant sur le web (en twittant par exemple sur un thème ou un évènement) et récepteur en se scotchant à un écran ou à une radio.

C'est aujourd'hui le même phénomène que j'observe avec les responsables politiques et leur entourage.

Non dans une volonté d'informer mais de contrôler l'information. Par exemple en en délivrant le moins possible.

Mon confrère du Républicain Lorrain, Bernard Maillard, en donne un aperçu édifiant dans l'un de ses récents billets.

La multiplication des profils twitter ou facebook (pour ne citer que ceux-là) sur Internet en témoigne tout autant.
La campagne d'Obama l'a rappelé, mais Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy en ont également joué lors de la dernière confrontation présidentielle.

Aujourd'hui la Toile est le lieu de passage incontournable.
Laurent Hénard vous invite à prendre l'apéro, Jean-Pierre Masseret blogue au ralenti mais ses camarades et vice-présidents y sont très présents (Abate, Hatzig, Villemin, Eckert, par exemple).

Et Nicolas Sarkozy lui-même s'offre au monde.

Si trop d'information (parfois) tue l'information, la non-information est souvent plus mortelle tant elle occupe le champ médiatique au détriment de nouvelles qui mériteraient bien plus d'attention.

A cet égard d'ailleurs la mairie de Metz et le Conseil Régional de Lorraine qui inondent de communiqués de presse les rédactions -qui ont parfois bien du mal à suivre sans servir de cire-pompes permanents- ont bien appris la leçon.

Mais certains ne sont pas dupes.

Comment (et surtout quand) fouiller et investiguer quand l'essentiel du temps donné par un rédacteur en chef est passé à courir derrière le roitelet ?

Mes collègues suisses de la TSR ne disent pas autre chose à travers leur excellent reportage Sarkozy, vampire des médias, diffusé le 4 juin et qui est encore en ligne pour quelques jours à cette adresse.

Oui, la presse française est à la botte du Prince.
Oui nombre de roitelets locaux et régionaux donnent le meilleur d'eux-mêmes pour qu'il en soit ainsi sur leur territoire. Et quelque soit leur bord politique.

Le contrôle de l'information comme arme de guerre est connu (et mis en pratique par les meilleurs) depuis Sun-Tsu.

Mais en face il y a les journalistes.

A eux de faire le travail d'informer.

La France n'est pas (encore) la Russie ou l'un de ces pays d'Asie où la règle dit-on est la balle dans la tête pour celui qui témoigne.

Mais les pressions existent désormais. Feintes hier, elles sont réelles aujourd'hui.

Il faut y résister. Que celui qui l'exerce soit Président de la République française (et en ce sens, il est indigne de cette fonction) ou élu local.

Aujourd'hui, par l'efficacité des pressions indirectes (ou directes), par la multiplication des dénigrements à la mode Sarkozy la France est l'un des pays où la liberté de la presse est la plus attaquée, la plus menacée.

Alors si les plus anciens, les plus capés, les plus costauds des journalistes se couchent ou choisissent
 de s'autocensurer (comme le montre le reportage de la Télévision Suisse Romande), la jeune génération aura bien du mal à exercer librement cette passion garante de la démocratie.

Ne pas plier, témoigner, le crédo du journaliste est plus d'actualité que jamais.

Au lendemain de cette élection européennes marquée par une abstention incroyable (et dont tout le monde politique se fout, comme à chaque élection depuis 15 ans désormais), il est urgent pour les journalistes de revenir à la réalité, d'abandonner le indoor journalism, de retourner sur le terrain (comme l'écritSteven Jambot un jeune confrère twitter
), de bousculer nos interlocuteurs et de leur extirper autre chose que des propos convenus et sans véritable intérêt.

Le faire avec respect de l'autre. Mais le faire.

Sans crainte. Et sans concession.

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