Dans ce riant Royaume, la jeune princesse fit un jour son entrée dans le monde, appelée pour l'occasion par le déjà vieux Roi.
Vieux , car semblant à ces sujets, sièger depuis la nuit des Temps.
Bien sur, cela fit bien grincer quelques dents.
De jaloux courtisans bien malheureux d'un tel affront. Songez : si longtemps qu'eux minaudaient et par le fait du Prince, la voilà adoubée, la voilà qui les doublait.
Mais les décisions du Roi sont sans appel.
Alors, à son tour, elle se fit courtiser.
Or, la jeune princesse avait la tête bien faite, si bien faite qu'elle se résolu très vite à revendiquer ses propres conseillers.
Le Monarque ne sembla pas s'en offusquer.
Bien au contraire : après tout, le choix d'avisés conseillers n'est-il pas la première des qualités ?
Et plus encore en ce Royaume des Marches orientales où intriguants et prétendants sont souvent plus mal entourés les uns que les autres...
Las, à l'image des autres Pairs, la princesse non seulement n'avait aucun sens politique, mais pire encore, les rares choix judicieux étaient rapidement évincés de son premier cercle, par ses propres soins.
Une attitude surprenante ?
Que nenni : la princesse cherchait moins des conseillers qu'un miroir aux multiples reflets.
"Flatte-moi", disait-elle, "ne me contredit point, car tout conseiller que tu es, tu me sers et ne doit point m'irriter.
Mais ma Dame, cette action, n'est sans doute pas la plus appropriée pour obtenir le but que vous souhaitez atteindre !
Dès lors, Je te chasse, comment oses-tu te prétendre mon conseiller!
Je suis certaine qu'à travers moi, te poussant ainsi du col, c'est ton propre avenir que tu prépares."
Combien en a t'elle ainsi vilipendé puis chassé, tandis que le Monarque, sans y paraître, suivait cette étrange évolution avec une discrète attention.
Ainsi donc, son choix était parfait. Comme les autres, elle lui mangeait dans la main et ne serait jamais une menace.
Toutes les menaces pour le Trône avaient d'ailleurs disparu au fur et à mesure de l'écoulement des années.
Choisissant judicieusement (selon l'air du Temps Politique) ses Paraiges parmi les Pairs de tous bords, lui, le Premier d'entre eux pouvait tout à loisir faire avancer sa politique sans être gêné par les conflits intestins déchirant de ci de là son Assemblée.
Leur quotidien était de suivre (et parfois même de survivre...), le Sien, de Régner.
Ni plus , ni moins Pair que les autres, la princesse s'étiola rapidement tandis que ses miroirs, de plus en plus difficilement, tentaient de lui renvoyer une image avenante.
Alors le Monarque lui porta le coup de grâce, le jour où évoquant sa volonté d'indépendance, la princesse désormais un peu blette lui fit ouvertement comprendre ses rêves de Grandeur.
Il la souffleta moralement, non pas tant qu'elle le menaçait, mais pour lui faire comprendre toute sa prétention, cette vanité si peu en rapport avec ses qualités naturelles.
Vexée, mortifiée, la princesse ne digéra jamais l'affront.
Et vit depuis, sous la coupe définitive du Monarque, la laisse tendue courte.
Bien sur, de ci, de là, elle vivote, obtenant ici une charge impériale, là un comté à représenter.
Mais la réalisation de son rêve monarchique s'éloigne chaque jour d'avantage.
D'autant que de nouvelles princesses ont attiré l'oeil du Roi, fraiches comme la rosée, parfois même pétulantes.
Courtisanes ingénues ou Messalines en puissance?
L'avenir le dira.
Tout comme il permettra, dans un temps, sans doute pas si lointain, de découvrir le véritable Dauphin, que depuis tout ce temps, le Roi élève, protège et réchauffe en son sein...
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